samedi 15 février 2014

UN VENT DE CHANGEMENTS


Atelier d'écriture :Animatrice : Diane Therrien

Sujet : L'époque de l'adolescence des baby boomer

janvier 2013

 

 

 

Un vent de changements

 

Pressés par nos parents, hier encore nous étions à la messe, mon frère et moi ricanant de tout et de rien, sans trop réaliser que nous vivions le dernier vestige d'une époque. Une à une les cloisons s'effondraient, le joug de la religion s'émiettait libérant une lumière qui nous enivrait.  Au Québec ce fut la Révolution tranquille.

 

Vint Expo 67 qui d'un coup nous fit plonger, fascinés,  dans une nouvelle vision du monde. Nous touchions presque du doigt ces pays lointains et mystérieux que nous ne connaissions que par les livres et qui nous avaient tant fait rêver. Les soirées bavaroises avec leur bière en fût et les danseurs debout sur les tables, les bottes à gogo, les jumpsuits...

 

Les familles comptaient en moyenne 5 ou 6 enfants, les mères étaient à la maison pour s'occuper du mari et de la marmaille dans tous leurs besoins.  Nous n'utilisions pas de sacs de plastique, la viande était emballée dans du papier brun et nous n'avions presque pas de déchets.  Le lait arrivait par le laitier et le pain par le boulanger qui livraient leurs produits à domicile. .

 

 Je me rappelle comme si c'était hier de cette journée passée à attendre l'alunissage de la capsule Appolo.  Un petit pas pour l'homme, un grand pas pour l'humanité.  Les recherches effrénées des  américains  pour parvenir à envoyer l'homme marcher sur la lune allaient mener à une pléiade d'applications civiles .  Désormais l'ingéniosité humaine nous promettait la réalisation des rêves les plus fous, un monde futuriste où tout pouvait être contrôlé. C'était  tellement réconfortant de penser que les nouvelles technologies allaient nous délivrer des tâches les plus lourdes, des situations inconfortables, des menaces de la nature pour nous amener, nous téléporter presque, vers une société de loisir.  René Claude chantait ''C'est le début d'un temps nouveau'' et j'y croyait.

 

 Parallèlement les Beatles nous chantaient l'amour, la guerre au Vietnam faisait rage, Bob Dylan et John Lennon initiaient une vague pour la paix et toute une génération rêvait d'un retour aux sources, à plus de simplicité et de naturel. Ce fut Woodstock et l'époque des communes, de la volonté d'amour universel.  Heureusement, comme il y a toujours tout et son contraire, la pilule arrivait sur le marché.  Il faut avouer que sans elle la généalogie serait devenue plutôt complexe par la suite.

 

Au Québec les CEGEP voyaient le jours, toute une génération d'étudiants allait bénéficier d'une plus grande éducation.  Plus de techniques, plus de spécialisations, la société se préparait à abandonner ses agriculteurs et à devenir bureaucratique.  L'ère des formulaires se pointait.

 

Les importations japonaises envahirent le marché et la surabondance des biens matériels, devenus bon marché rendit dérisoire la valeur de tout le patrimoine, durement acquis par nos ancêtres.  Quelques années plus tard nous allions  retrouver dans de vieilles granges abandonnées, sur le bord des routes de campagne, tous ces beaux meubles de bois massif issus de forêts centenaires, dédaigneusement expulsés pour faire place à de nouveaux matériaux synthétiques. Le plastique qui prenait la relève nous semblait si pratique. L'ère de la consommation, du jetable et de l'obsolescence se pointait elle aussi.

 

Puis le temps se mit à accélérer, le verbe être céda son trône au verbe avoir et un autre cycle prit d'assaut une société ivre de ses possessions et avide de nouveautés.

 

 

Ysabelle Filiatrault janvier 2013